La PMA pour toutes?

Analyse de l’ « Avis n° 126 du CCNE sur les demandes sociétales de recours à l’assistance médicale à la procréation (AMP) » Par Luc Olekhnovitch

Que retiendra-t-on de cet avis 126 du CCNE http://www.ccne-ethique.fr/fr/publications/avis-du-ccne-du-15-juin-2017-sur-les-demandes-societales-de-recours-lassistance#.WWXFwBXyjTA? Incontestablement qu’il est favorable à la possibilité pour les femmes homosexuelles ou célibataires de recourir à l’assistance médicale (AMP) à la procréation, plus souvent appelée PMA. C’est d’ailleurs ainsi que son président, le Pr Jean-François Delfraissy l’a lui-même présenté : « Le comité a décidé dans sa majorité l’ouverture à des demandes sociétales, c’est-à-dire non médicales, de recours à l’assistance médicale à la procréation ». Une majorité mais pas tous car un tiers des membres ont signé un avis contraire. Le président a justifié  ce recours à une AMP « sociétale « et non plus médicale  « pour pallier une souffrance induite par une infécondité résultant d’orientations personnelles ».

Le principal argument avancé est donc celui de la souffrance d’adultes. Or une bonne raison de s’opposer à cet élargissement c’est qu’on risque de mettre ces enfants en situation de souffrir en les privant délibérément de père (voir l’avis d’un pédo-psychiatre http://www.lepoint.fr/sacrifier-scientifiquement-le-pere-est-une-forme-ultime-de-violence-faite-aux-enfants-03-07-2017-2140075_19.php. ) Ceux qui sont favorables à la procréation assistée « pour toutes » voire « pour tous  » invoquent des études montrant que les enfants élévés dans des familles homosexuelles ne vont pas plus mal que les autres. Or l’avis du CCNE reconnait que ces études sont biaisées et insuffisantes et qu’il faudrait des études plus approfondies pour mesurer l’impact psychologique réel sur les enfants. Mais alors que cette absence d’informations fiables aurait dû porter le CCNE a une abstention par principe de précaution, il donne un feu vert moral à cet élargissement, tout en précisant qu’il devrait être sous conditions,  sans préciser lesquelles et en reconnaissant que c’est un tel changement anthropologique qu’il devrait être discuté lors d’Etats-Généraux de la bioéthique, discussions « citoyennes », qui doivent être organisées par le CCNE en 2018.

L’avis du CCNE ne s’arrête pourtant pas là : il maintient l’interdiction de la gestation pour autrui, au titre qu’elle est une « violence » à l’égard de ces « mères porteuses ». On ne peut comme chrétien qu’être d’accord. Le problème c’est qu’en ouvrant l’assistance à la procréation aux couples de femmes il ouvre une revendication aux couples d’hommes au nom de l’égalité et de la non-discrimination. L’arrêt de la Cour de cassation du 5 juillet valide d’ailleurs le contournement par une GPA à l’étranger de l’interdiction française de la GPA . Tirant les conclusions de la possibilité d’adoption ouverte par le « mariage pour les personnes de même sexe » et de la condamnation de la France par la CEDH, la Cour de cassation conclut que l’illégalité de cette pratique n’est pas un obstacle à l’inscription de l’enfant à l’état-civil et à son adoption par le conjoint de même sexe. Ce qui fragilise de fait cet interdiction de la GPA en France https://www.courdecassation.fr/IMG///GPA%20faite%20%C3%A0%20l%20%C3%A9tranger,%20transcription%20et%20adoption%20_communiqu%C3%A9.pdf

En fait cet avis du CCNE brise l’équilibre de la loi française sur l’assistance médicale à la procréation qui la réserve aux couples en âge de procréer dont l’infertilité a été médicalement constatée. L’un des avantages de la loi française c ‘était qu’il permettait, avec son principe de la gratuité du dons de gamètes,  de préserver la procréation assistée de la marchandisation (femmes pauvres vendant leurs ovocytes…). Or en élargissant la demande alors qu’il y a déjà pénurie de gamètes, on va forcément encourager un marché qui existe déjà à l’international : la Belgique doit importer du sperme qu’elle achète au Danemark pour répondre à la demande! La croyance qu’on va augmenter la ressource en gamètes françaises par des campagnes de promotion parait tout à fait illusoire, comme l’a bien noté l’avis minoritaire.

Ce texte se montre imprudent sur l’élargissement de l’AMP même aux femmes seules ce qui est peut-être le plus problèmatique en pratique car c’est là que la demande sociale est la plus forte. Etonnament il se  montre au contraire d’une prudence extrême en maintenant l’interdiction de l’autoconservation  des ovocytes par congélation autre que pour raisons médicales. Voir à ce sujet un excellent article paru dans L’Obs: http://tempsreel.nouvelobs.com/sante/20170627.OBS1287/en-france-les-femmes-peuvent-congeler-leurs-ovocytes-oui-dans-un-cas-bien-precis.html?xtor=RSS-79&google_editors_picks=true

En revanche il ne traite absolument pas le problème de l’anonymat de dons de gamètes: cet anonymat pose problème pour certains enfants issus d’une « insémination artificielle avec donneur » (IAD) qui expriment la souffrance qu’il y a à être privés d’une partie de leurs origines.

Aucune loi n’est encore votée mais, ce qui est grave, cet avis vient  apporter une caution morale au fait de faire naître des enfants sans pères à l’encontre de leur intérêt et de celui de la société qui doit déjà pallier à ces absences de pères.

Nous avons essayé d’alerter sur la gravité d’une dérive post-vérité de la procréation médicale et sur le fait qu’il ne fallait pas confondre la grâce légitime envers les personnes homosexuelles avec un droit à l’enfant dans une tribune parue dans l’hebdomadaire « Réforme » du 6 juillet 2017:https://www.reforme.net/idees/opinions/non-il-ne-fallait-pas-ouvrir-la-pma-aux-femmes-en-couple/

Pourquoi voter malgré tout ?

Le pasteur et éthicien Luc Olekhnovitch appelle à trouver un sens à sa participation  à la présidentielle.

Posons la question crûment: pourquoi voter ? Comme citoyen, je peux avoir de sérieux doutes sur l’utilité de mon vote. Comme chrétien, je suis un migrant de passage dans ce monde. Voter ne peut pas être motivé par un devoir abstrait, il faut que j’y trouve un sens. La France est un pays divisé qui cherche son unité par le haut: l’élection présidentielle. Il y a pourtant de nombreuses raisons d’être découragé de voter: une offre de candidats déroutante, au point où l’on pourrait ne pas voir pour qui voter; une campagne chaotique animée par des coups de théâtres médiatico-judiciaires plutôt que des débats de fond; un cruel décalage entre l’affirmation du peuple souverain et la captation du pouvoir par une aristocratie républicaine qui s’attribue des privilèges et se comporte comme si elle était au dessus des lois…  Pour lire la suite de l’article : caan15noavril_elections

Reproduit avec autorisation de la rédaction

Lire l’article dans le « Christianisme aujourd’hui »:  http://www.christianismeaujourdhui.info/

Ethique sociale chrétienne

Notre souhait est de dégager quelques uns des principes ainsi que les lignes essentielles d’une éthique chrétienne dans le domaine social et politique… Ce texte, écrit par Louis Schweitzer et travaillé par la Commission d’éthique protestante évangélique qui le fait sien, reste ouvert, il ne prétend pas tout dire et dire la norme, mais proposer des lignes qui peuvent être prolongées, les questions du jour obligeront certainement à préciser certains points. Nous voulons ouvrir le débat dans les Eglises et stimuler leur action…

Ethique sociale chretienne

Sur la proposition de loi droits des malades en fin de vie et devoirs des médecins à l’égard des patients en fin de vie

Sur la proposition de loi

« Droits des malades en fin de vie et devoirs des médecins

à l’égard des patients en fin de vie »

Sur les conditions de la fin de vie en France plusieurs rapports ont fait le constat d’un accès aux soins palliatifs très insuffisant, d’une loi Leonetti qui permet de prendre en compte la parole du malade mais qui est mal connue et peu appliquée ; et donc encore aujourd’hui de patients qui n’ont pas été écoutés ni soulagés dans leur souffrance ; de familles blessées par ces situations et d’équipes soignantes qui pâtissent aussi de ne pouvoir remplir correctement leur mission de soulager la souffrance…

Sur la proposition de loi des droits des malades en fin de vie

Politique, parlons-en! Eclairages et débats en Eglise

Pour vous aider à réfléchir en cette période électorale, veuillez trouver ci-dessous quelques textes publiés par des membres de notre commission ainsi que d’autres parus sur des sites tels que le CNEF, FPF, etc…

  • Pour beaucoup, les élections (surtout présidentielles) semblent être le sommet de la démocratie qui est, comme chacun sait, le meilleur régime qui ait jamais existé sur cette planète. Au risque d’enfoncer des portes ouvertes ou, au contraire, de décevoir certains, je crains que les choses soient un peu plus compliquées…. par Louis Schweitzer
  • « Les évangéliques en France, convictions, » texte du CNEF
  • Adresse du protestantisme aux candidats à l’élection présidentielle 2017, texte de la FPF

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Environnement et climat

Thermal imaging showing bands of hot and cold temperatues on a world map with South America and Africa in the centre

Le changement climatique est une réalité dont les effets se font déjà sentir, en particulier pour les plus pauvres. Les chrétiens évangéliques ne peuvent y rester indifférents.

Cette déclaration, dans la perspective de la conférence de Paris sur le climat  du 30 novembre au 11 décembre (COP 21)est solidaire de tous ceux qui appellent à un changement de comportement des nations, mais elle nous appelle aussi à un changement personnel et communautaire.

Face à l’énormité des problèmes écologiques et humains ne nous résignons pas mais faisons notre part ,c’est l’espérance du colibri, en attendant la venue de notre Seigneur qui établira une nouvelle terre où la justice habitera.

Pour lire le texte de la Commission éthique sur l’environnement et le climat : CLIQUEZ ICI.

La fin de vie

Résumé de la réaction de la commission d’éthique protestante évangélique

à  la loi « Droits des malades en fin de vie et devoirs des médecins

à l’égard des patients en fin de vie » (mise à jour 3/11/2016)

 

Sur les conditions de la  fin de vie en France plusieurs rapports ont fait le constat d’un accès aux soins palliatifs très insuffisants, d’une loi Leonetti qui permet de prendre en compte la parole du malade mais qui n’est ni connue ni appliquée. Et donc encore aujourd’hui de patients qui n’ont pas été écoutés ni soulagés dans leur souffrance, de familles blessées par cette situation et d’équipes soignantes qui pâtissent  aussi de ne pouvoir remplir correctement leur mission de soulager la souffrance. De ce point de vue on ne peut que se réjouir de l’annonce d’un nouveau plan national soins palliatifs avec un nécessaire et  important volet formation.

 

Un « droit à » qui perturbe le dialogue et pourrait ne pas être toujours dans l’intérêt du malade

Il faut remédier à cette situation mais une nouvelle loi est-elle la meilleure réponse ? Qu’apporte cette proposition de loi Leonetti-Claeys « Droits des malades en fin de vie et devoirs des médecins à l’égard des patients en fin de vie », promulguée le 2 février 2016? Elle se propose de garantir que la parole du patient soit écoutée en rendant ses directives anticipées écrites contraignantes pour le médecin. Elle  propose de garantir que la personne en fin de vie ne souffrira pas, en faisant de la sédation profonde et continue jusqu’à la mort, une anesthésie générale en fait, un droit du patient que le  médecin doit respecter. Cette loi se  met donc résolument du côté du patient, du respect de son autonomie. Elle apparait comme rassurante pour lui pour sa famille.   Mais cette logique du « droit à » risque de modifier la relation entre médecin et patient en transformant celui-ci en prestataire de service et pas forcément dans l’intérêt du malade. Car la volonté écrite du patient, ou orale de la personne de confiance ou de la famille, pourrait aller contre l’intérêt du malade dans telle ou telle situation. Le médecin lui-même, plutôt que se lancer dans un dialogue qui prendrait du temps, pourrait se retrancher derrière le respect de l’autonomie du patient : je vous donne ce à quoi vous avez droit tout en sachant que ce n’est pas forcément le mieux pour vous. Le principe d’autonomie risque donc de jouer contre le principe de bienfaisance. Certes la proposition de loi a proposé des garde-fous en disant que les directives écrites ne s’appliquaient pas en cas d’urgence vitale et que le médecin gardait la latitude de ne pas appliquer les directives écrites, après consultation d’un confrère,  si elles étaient « manifestement inappropriées ». La commission des affaires sociales du Sénat a malheureusement supprimé ce garde-fou au nom du respect de l’autonomie du patient.

 

La sédation continue, une solution qui ne devrait pas devenir la solution à la souffrance

La sédation, faire dormir celui dont on ne peut calmer  les souffrances, est déjà en usage, à la différence que jusqu’à présent c’était une pratique réversible. Certains ont trouvé que cette pratique de réveiller un patient pour lui demander s’il ne souffrait plus était absurde et douloureux. D’où  la proposition de rendre cette sédation continue en fin de vie. Le patient qui demande l’interruption de traitements vitaux, peut aussi la demander. La souffrance doit être soulagée, la volonté d’un patient de ne plus poursuivre un traitement  doit être respectée mais non sans dialogue. La proposition de sédation ne doit pas être un recours unique voire commode, qui interrompe le cheminement intérieur du patient vers sa fin. La sédation est un moyen mais ne doit pas devenir le seul et ne doit pas servir à une euthanasie masquée ou une offre de suicide assisté. Il faudrait donc que la loi précise que l’intention de la sédation profonde en phase terminale doit rester de soulager la souffrance et non de donner la mort sur demande.

Inspiration chrétienne et bien de la cité

Une éthique évangélique est attention au faible, appel à la responsabilité des forts pour qu’ils ne dominent pas mais que leur puissance reste au service, et abandon confiant au Christ pour la vie et la mort  plutôt que quête angoissée d’un contrôle sur sa vie et sa mort. Elle refuse aussi bien l’obstination déraisonnable de la technique médicale qui n’est plus au service de l’humain que l’euthanasie. Il est inhumain de laisser souffrir quelqu’un mais soulager n’est pas tuer.

Si cet abandon final demande la foi, les deux premières sont sources de bien social quelle  que soit la croyance. Cette attention aux personnes vulnérables refusera de voir qualifier certaines vies d’inutiles. Et nous saluons au passage le fait que la commission des affaires sociales du Sénat ait supprimé de la proposition de loi la formulation «ne pas prolonger inutilement sa vie ».  Elle ne cherchera pas non plus à retenir à tous prix la vie de celui qui s’en va, elle refusera donc à la fois une obstination déraisonnable et l’euthanasie ou l’encouragement social au suicide que consiste l’offre d’une assistance au suicide.

C’est moins  une nouvelle loi dont ont besoin ceux qui souffrent et les soignants dont la mission est de les soulager, que des moyens d’un accompagnement.

Comme le soulignait Emmanuel Hirsch dir. de l’Espace Ethique : « Nous ne sommes donc pas en manque de loi, mais de capacités d’initiatives reconnues aux professionnels de consacrer le temps indispensable à une relation de soin responsable ». Le Figaro  08-09/11/2014.

 

A Lire: Emmanuel Hirsch, Mort par sédation, une nouvelle éthique du « bien mourir ? », éditions Eres 2016.

Pasteur Luc Olekhnovitch 3/11/2016

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Sur la proposition de loi « Droits des malades en fin de vie et devoirs des médecins

à l’égard des patients en fin de vie »(texte intégral)

 

Sur les conditions de la  fin de vie en France plusieurs rapports ont fait le constat d’un accès aux soins palliatifs très insuffisant, d’une loi Leonetti qui permet de prendre en compte la parole du malade mais qui est mal connue et peu appliquée ; et donc encore aujourd’hui de patients qui n’ont pas été écoutés ni soulagés dans leur souffrance, de familles blessées par ces situations et d’équipes soignantes qui pâtissent  aussi de ne pouvoir remplir correctement leur mission de soulager la souffrance[1].

 

Une garantie que le patient soit entendu mais un « droit à » qui peut troubler le dialogue patient-malade

Il faut remédier à cette situation mais une nouvelle loi est-elle la meilleure réponse ? Qu’apporte cette proposition de loi Claeys-Leonetti « Droits des malades en fin de vie et devoirs des médecins à l’égard des patients en fin de vie », votée en première lecture par l’Assemblée nationale le 17 mars ? Elle se propose de garantir que la parole du patient soit écoutée en rendant ses directives anticipées écrites contraignantes pour le médecin. Elle  propose de garantir que la personne en fin de vie ne souffrira pas, en faisant de la sédation profonde et continue jusqu’à la mort, une anesthésie générale en fait, un droit du patient que le  médecin doit respecter. Cette loi se  met donc résolument du côté du patient, du respect de son autonomie. Elle apparaît comme rassurante pour lui et pour sa famille face à la peur d’être abandonné avec ses souffrances. Peur  malheureusement non sans fondements comme le montrent des rapports sur la mort à l’hôpital[2]. Mais cette logique du « droit à » risque de modifier la relation entre médecin et patient en transformant celui-ci en prestataire de service et ce pas toujours forcément dans l’intérêt du malade. Car la volonté écrite du patient, ou orale de la personne de confiance ou de la famille, pourrait aller contre l’intérêt du malade lui-même dans telle ou telle situation. Ces droits opposables pourraient aussi inciter le médecin à renoncer à dialoguer pour convaincre le malade ou sa famille qu’un autre choix, meilleur pour le patient, est possible. Inscrire dans le droit, de façon rigide, le respect de l’autonomie du  patient pourrait donc parfois aller contre le devoir  de bienfaisance à son égard. Certes la proposition de loi a prévu des garde-fous en disant que les directives écrites ne s’appliquaient pas en cas d’urgence vitale et que le médecin gardait la latitude de ne pas appliquer les directives écrites, après consultation d’un confrère,  si elles étaient « manifestement inappropriées ». Nous regrettons que la Commission des affaires sociales du Sénat ait supprimé ce garde-fou au nom du respect de l’autonomie du patient. Il faudrait pouvoir mieux articuler devoir pour les soignants d’écouter vraiment le patient et de respecter sa liberté avec le devoir de solidarité envers une personne vulnérable. Nous pensons  que cette articulation entre respect de la liberté du patient et devoir de prendre soin relève plutôt d’une pratique du dialogue à encourager, y compris en en donnant les moyens matériels, que d’une loi à promulguer.

 

La sédation continue, une solution qui ne devrait pas devenir la solution à la souffrance

La sédation, faire dormir celui dont on ne peut calmer  les souffrances, est déjà en usage, à la différence que jusqu’à présent c’était une pratique réversible. Certains ont trouvé que cette pratique de réveiller un patient pour lui demander s’il ne souffrait plus était absurde et douloureuse. D’où  la proposition de faire de la sédation continue en fin de vie un droit  en cas de souffrances réfractaires à tout autre traitement. Le patient qui demanderait l’interruption de traitements vitaux, pourrait aussi la réclamer de droit. La souffrance doit être soulagée, la volonté d’un patient de ne plus poursuivre un traitement  doit être respectée mais non sans dialogue. Faire de la sédation un droit opposable risque d’en faire  un recours unique voire commode, et risque de supprimer la possibilité pour le patient et sa famille de prendre le temps d’un cheminement intérieur vers sa fin. La sédation y compris profonde et continue est un moyen légitime de soulager la souffrance mais ne doit pas devenir le seul et ne doit pas servir à une euthanasie masquée ou  à une offre de suicide assisté. Il faudrait donc que la loi précise que l’intention de la sédation profonde en phase terminale doit rester de soulager la souffrance et non de donner la mort sur demande.

 

L’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles assimilé à un arrêt de traitement

 

Cette nouvelle loi propose d’inscrire l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles  dans la catégorie de l’arrêt de traitement possible en cas d’ « obstination déraisonnable ». L’arrêt de la nutrition voire de l’hydratation artificielle peuvent se justifier, dans certains cas, en fin de vie, y compris pour des raisons de confort du malade,  mais il doit alors  être  accompagné ; on ne doit  laisser personne  mourir de faim ou de soif. Mais qualifier ces soins vitaux de traitement,  c’est passer par-dessus le problème de conscience que pose cet arrêt en jouant sur les mots.  La Commission des affaires sociales  du Sénat a vu le danger puisqu’elle a supprimé cet énoncé lapidaire, « La nutrition et l’hydratation artificielles constituent un traitement »,  de la proposition de loi. Il nous paraît plus juste d’encadrer cet arrêt de façon spécifique, par des recommandations de bonnes pratiques, respectueuses d’une éthique du prendre soin, plutôt que changer le sens des mots en faisant passer un soin élémentaire pour un traitement. L’assimilation de l’arrêt de l’alimentation ou de l’hydratation à l’arrêt de la respiration artificielle en fin de vie est fallacieuse. Ce n’est pas du tout la même chose de ne plus aider artificiellement celui qui est près de rendre son dernier souffle, que de priver de subsistance un malade en état végétatif qui vit et respire de lui-même. Dans le premier cas c’est laisser mourir, dans le deuxième cas c’est faire mourir, la loi ne doit  pas donner ce droit.

Inspiration évangélique et  bien des personnes vulnérables

La foi évangélique nous invite, plutôt que de se lancer dans une quête angoissée d’un contrôle sur notre vie et notre mort, à un abandon confiant au Christ dans la vie comme dans la mort. L’éthique évangélique nous appelle à porter une attention particulière aux faibles, et à rappeler aux forts leur responsabilité de ne pas user de leur pouvoir pour dominer mais pour servir.  La foi évangélique refusera donc  aussi bien l’obstination déraisonnable d’un activisme médical qui ne serait plus au service de l’humain que l’activisme d’un contrôle sur sa mort par l’euthanasie. Si un abandon final confiant  demande la foi, l’attention éthique particulière aux faibles et le rappel aux forts de leurs responsabilités à leur égard est source de mieux-être social. Nous rappelons que c’est d’être accompagné qui donne la force de vivre et que c’est l’abandon qui tue le désir de vivre. Voir le nombre de personnes âgées qui vieillissent et meurent seules, parfois abandonnées sur un brancard aux urgences, ou se suicident[3].  Nous saluons le fait que la Commission des affaires sociales du Sénat ait supprimé de la proposition de loi l’argument disant qu’il faut permettre au patient souffrant de «ne pas prolonger inutilement sa vie ».  Notre attention évangélique aux personnes vulnérables refusera de voir qualifier certaines vies d’inutiles. Une personne, même incapable de communiquer, reste une personne et doit être traitée comme telle, en recherchant ce qui est le mieux pour elle. Il est inhumain de laisser souffrir quelqu’un qu’on peut soulager mais ce soulagement passe par l’écoute et une attention aux situations dans le respect éthique et légal de l’interdit du meurtre.

 

Une nouvelle loi ? Pourquoi pas…à condition de la préciser pour éviter les dérives,  mais priorité à l’application des soins palliatifs

Nous reconnaissons que l’intention de cette proposition de  loi est d’offrir une autre réponse que la légalisation de l’euthanasie à des situations de souffrances intolérables. Nous reconnaissons que Messieurs les députés Claeys et  Leonetti ont bien fait de vouloir obliger les médecins à mieux prendre en compte la parole des patients. Ils ont aussi bien fait de vouloir offrir au patient la garantie que sa souffrance serait soulagée, en particulier en fin de vie. Nous approuvons les garde-fous posés à la pratique de la sédation terminale, réservée aux cas où « le pronostic vital est engagé à court terme » et ultime recours face à « une souffrance réfractaire ». Mais nous nous inquiétons : est-on bien sûr que ces garde-fous tiennent et que cette pratique reste exceptionnelle quand cette loi crée dans les esprits un droit à l’autodétermination du patient ? Ce droit à l’autodétermination transparaît nettement dans la disposition qui prévoit qu’un malade, choisissant de se mettre en danger en refusant des traitements vitaux, aura la garantie d’accéder à cette  sédation terminale, ce qui se rapproche dangereusement d’une mort sur demande. La Commission des affaires sociales du Sénat ne s’y est pas trompée, qui a supprimé cette dernière disposition.

 

Nous pensons donc que cette proposition de loi devrait être amendée pour :

– préserver  un espace de dialogue patient-famille-médecin profitable au souffrant

– ne pas réduire la réponse à la souffrance à l’application d’une technique, la sédation terminale

– préciser plus clairement que l’intention de recours à la sédation terminale doit demeurer  de soulager la souffrance et non de tuer

– ne pas assimiler l’arrêt d’alimentation et d’hydratation artificielles à un traitement, mais plutôt  recommander de bonnes pratiques, respectueuses d’une éthique du prendre soin, dans le cas où il est envisagé

– qu’elle ne soit pas au détriment de l’accompagnement humain et médical des malades souffrants

– c’est pourquoi nous demandons un nouveau plan national soins palliatifs, le dernier datant de 2012

Nous  nous inquiétons aussi d’une pression économique qui pèse sur les acteurs de santé et nuit à l’écoute et à l’accompagnement des patients. Et nous mettons en garde contre une politique de l’affichage qui augmenterait le nombre de lits en soins palliatifs sans y adjoindre les postes en personnel soignant nécessaires. Il serait bon de valoriser les actes d’accompagnement y compris dans la tarification.

 

Priorité devrait être donnée, non à une nouvelle loi, mais  à  l’extension de l’accès aux soins palliatifs et à  la généralisation de la formation dans ce domaine.  Car,  comme le faisait remarquer à juste titre un rapport du Comité consultatif national d’éthique, « Tant que la formation des professionnels de santé à la culture palliative restera marginale, il n’y a rigoureusement rien à espérer d’un changement des pratiques en France face aux situations de fin de vie. » [4]

 

 

 

Commission d’éthique protestante évangélique, le 13 juin 2015

[1] Voir le Rapport du CCNE sur le débat public concernant la fin de vie, 21 octobre 2014, p.15-16, qui fait état de cette souffrance des soignants face à des situations pour lesquelles ils ne sont pas formés.

 

[2] Enquête nationale « Mort à l’hôpital », MAHO 2008. Parmi les infirmières interrogées, seulement le tiers (35 %) avaient jugé «acceptables» les circonstances des décès dans leurs services.

[3] Voir le rapport de l’Observatoire national de la fin de vie : Face au vieillissement: le risque d’un naufrage social,  ONFV février 2014.

[4] Rapport du CCNE sur le débat public concernant la fin de vie, 21 octobre 2014, p.15.

 

 

La commission publie le texte “Fin de vie”, pour le développement des soins palliatifs et une meilleure information sur la loi actuelle, et contre l’inscription de l’euthanasie ou du suicide assisté dans la loi.